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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 08:00

écriture ou la vieL'écriture ou la vie, ce n'est pas un roman... ce n'est même pas vraiment un récit, c'est un ressenti, une expérience.

Ne vous attendez pas à un récit de la vie dans les camps de concentration comme on en a tant vus, ni même à un récit de l'horreur de l'extermination. Non ici, s'il fallait choisir, ce serait plutôt le récit de l'après, du retour à la vie.

 

"On peut tout dire en somme. L'ineffable dont on nous rebattra les oreilles n'est qu'alibi. Ou signe de paresse. On peut toujours tout dire, le language contient tout. On peut dire l'amour le plus fou, la plus terrible cruauté. On peut nommer le mal, son goût de pavot, ses bonheurs délétères. On peut dire Dieu et ce n'est pas peu dire. On peut dire la rose et la rosée, l'espace d'un matin. On peut dire la tendresse, l'océan tutélaire de la bonté. On peut dire l'avenir, les poètes s'y aventurent les yeux fermés, la bouche fertile. On peut tout dire de cette expérience. Il suffit d'y penser. Et de s'y mettre."

 

Jorge Semprun nous explique le cheminement qui a conduit à l'écriture de cet ouvrage, à travers des souvenirs très divers, à travers la littérature et la poésie (principallement françaises et allemandes).

On navigue page après page d'une décennie à l'autre, du 11 avril 1945, jour de la libération du camp de Buchenwald aux années 1990. Il nous fait revivre ses rencontres, ses réflexions, les nuits "où la neige tombe sur son sommeil". Je ne vous dirai pas ce qu'est cette neige, neige qui glace le sang sans être froide et humide... je vous laisse le découvrir.

C'est un voyage, un long voyage, qui parle d'écriture, de vie... et de mort. Qui parle d'hommes, de fraternité, de ce qui lie les "revenants" même sans un mot.

 

"La fraternité n'est pas seulement une donnée du réel. Elle est aussi, surtout peut-être, un besoin de l'âme : un continent à découvrir, à inventer. Une fiction pertinente et chaleureuse."

 

Ce livre m'a donné envie d'aller découvrir la littérature allemande, certains écrivains français dont je n'ai encore jamais rien lu, mais aussi les autres ouvrages de cet auteur, notamment Le grand voyage dont il parle à plusieurs reprises dans L'écriture ou la vie

Enfin bref, je vous le conseille !

 

"L'horreur n'était pas le mal, n'était pas son essence, du moins. Elle n'en était que l'habillement, la parure, l'apparat. L'apparence, en somme. On aurait pu passer des heures à témoigner sur l'horreur quotidienne sans toucher à l'essentiel de l'expérience du camps".

 

 

4e de couverture :

Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton le 11 avril 1945.

L'étudiant du lycée Henri IV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire que l'on peut exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut-être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant.

Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs ou un document. Mais il a composé une oeuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald.

 

Ma note : 3.5/5

 


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Published by livres-etc - dans Critiques en toc
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nicolas 08/05/2012 16:34

Merci pour la publication de ce commentaire. Livre magnifique!

Nicolas

Ourson 15/01/2012 12:26

Han, je suis honteux, je ne savais même pas qu'il avait été déporté...Ce n'est pas un livre trop dur à lire (pas tant dans le niveau de français que dans son récit, ses descriptions)?

livres-etc 15/01/2012 15:10



Je vais pas te dire que c'est pas un livre joyeux mais pas de descriptions morbides... Au niveau du récit, il faut suivre parce qu'y a pas mal d'aller-retour entre plusieurs périodes. Après, pour
ce qui est des descriptions, il n'y en a pas tellement en fin de compte, du moins pas de descriptions "documentaires" des camps si c'est ta question. Il évoque plus son état psychologique et sa
perception que la réalité physique on va dire. Même si il y a quelques passages plus détaillés pour permettre une meilleure compréhension, ce n'est pas du tout le but de l'ouvrage (enfin moi
c'est comme ca que je l'ai perçu)



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- "Sculpteurs et marbriers : les Veyrier et la carrière de Trets", Provence Historique, tome LX - fasc. 239, janvier mars 2010, pp. 67-79


- "Des berges de la Garonne à la construction du magasin des Marbres du Roi à Bordeaux", Bulletin monumental (chronique), n°169-1, 2011, p. 81


- "L'empreinte des archevêques sur Puyricard" (en collaboration avec Sophie Bergaglio) dans Sebastien AUBLANC & Sophie BERGAGLIO, Puyricard, images et histoires, Ed. des lilas, 2012, pp. 56-65