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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 08:00

IMGP6949.JPGLe Tholonet est une toute petite commune au pied de la Sainte-Victoire dans le secteur d'Aix en Provence.


L'implantation du village est assez tardive (XVIIe siècle). Source d'emploi principale ? La carrière de marbre !

Le marbre du Tholonet, appelé aussi brèche d'Alep, comme beaucoup de marbres qui lui ressemblent.


La carrière de Roque-Hautes a été exploitée jusqu'à la seconde guerre mondiale et est donc très visible. Des traces de diverses époques de taille s'y confrontent. Il existe plusieurs sites avec des variétés et des qualités de marbre différentes.



IMGP6951.JPGCe marbre est très reconnaissable par ses inclusions plus ou moins grosses, très colorées, dans des dominantes de rouge ou de jaune. Dans le pays d'Aix, le marbre du Tholonet est le plus connu et le plus répandu. La carrière fut exploitée très longtemps (près de 300 ans !) et on en trouve donc un peu partout, dans les églises, les hôtels particuliers, et même les cafés du Cours Mirabeau. Impossible donc de passer à côté en flânant dans Aix ou ses environs !

 

 

On trouve également de ce marbre à Versailles puisque, comme pour de nombreuses carrières de Provence et d'ailleurs, c'est sous l'impulsion de Louis XIV et pour l'accomplissement de ses rêves de grandeur, de faste et de luxe que l'industrie marbrière s'est développée dans tout le Royaume (cf. mes précédents articles sur le marbre de Trets ou le portor de Saint-Maximin).

 

 

Photos du marbre du Tholonet brut puis poli :

 

IMGP6955.JPGtholonet.jpg

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 08:00

IMGP7010.JPGLa montagne de la Sainte-Victoire, si chère aux aixois, est un lieu d'une richesse géologique assez incroyable.

On y trouve plusieurs carrières de marbre. Les plus connues sont celles du Tholonet ou de Saint-Antonin mais pour les plus aventureux, de belles découvertes sont au rendez-vous.


IMGP6991.JPGA certains endroits, sur les bords de sentiers aujourd'hui en partie effondrés, on peut encore trouver des blocs entiers, tombés lors de transports périlleux sur les chemins caillouteux .



IMGP6994.JPGPour les plus agiles, moyennant un petit effort de grimpette, on arrive à une carrière restée en l'état (la Torque), avec encore les coins permettant le détachement des blocs de la paroi rocheuse qui sont en place, encastrés pour l'éternité (ou presque) dans ce que l'on appelle communément la brèche d'Alep...

 

 

Tout au long de cette brèche on peut trouver plusieurs coloris,

à dominante rouge, jaune ou noire :

Sans-titre---Copie.jpg

 

Pour ceux que ca intéresse, beaucoup des marbres de Provence ont été utilisés à Versailles pour l'ornementation du château.

Un programme de recherches est en cours à ce sujet avec pour projet une base de données complète des marbres français utilisés au château.

2 liens concernant ce projet qui a commencé par les marbres du Minervois mais qui concernera aussi les autres régions :


- Le programme de recherche

- La base de données 

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 08:00

portor.jpg

 

 

 

Il est un marbre de Provence dont très peu connaissent l'existence... A Saint-Maximin la Sainte-Baume, dans le Var, se trouvent plusieurs traces d'exploitations marbrières. 

Parmi celles-ci une variété de marbre extrêmement rare : le Portor.


Le portor est un marbre noir veiné d'un jaune intense qui rappelle l'éclat de l'or.  Il tire son nom de la ville de Porto Venere, près de Gênes en Italie, d'où fut extrait le plus pur des portor. On trouve quelques carrières disséminées ici et là, principalement en Italie et en Corse du nord. On trouve beaucoup de ce marbre dans les églises d'Italie du Nord (notamment à Gênes dans basilique SS Annunziata del Vastato par exemple où l'on peut voir un très bel exemple de chapelle privée en marbre noir utilisant le portor de manière décorative).IMGP6928.JPG

Celui que l'on trouve en France n'est pas tout à fait semblable géologiquement parlant mais on le nomme ainsi pour une question d'analogie esthétique. Le noir reste en outre moins intense que pour l'italien et le "doré" moins... "doré".

Le portor italien est utilisé depuis l'Antiquité. Il est beaucoup plus difficile d'en trouver aujourd'hui, les carrières où on peut en trouver se faisant de plus en plus rares et les filons de plus en plus pauvres.


IMGP6837.JPGLa carrière de Saint-Maximin est une exception. En effet, en France, on ne trouve pas trace d'une exploitation de ce marbre dans d'aussi grandes proportions. Rien de comparable avec les carrières du Languedoc ou des Pyrénées mais comparée au autres sites de Provence il s'agit déjà d'une carrière de belle dimension.

Des morceaux de ce marbre ont été utilisés pour la décoration du château de Versailles sous le règne de Louis XIV qui contribué largement au développement de ce type d'exploitation marbrière dans tout le royaume de France.

 

Un petit article dans Var matin (13 octobre 2010)

 


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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 08:00

J'ai décidé de vous présenter quelques-uns des marbres de Provence, peu connus en règle générale mais qui pourtant ont eu beaucoup de succès auprès des institutions royales aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

Comme c'est (un tout petit peu) ma spécialité , je vous propose de partir à la découverte de ces carrières oubliées du grand public qui ont sorti quantité de blocs pour la décoration des riches demeures provençales et entre autres du château de Versailles.


Aujourd'hui, pour commencer : Trets.

 

S.CHABRE-Fig.1.jpgTrets est une petite commune des Bouches-du-Rhône située entre Saint-Maximin et Aix en Provence.

Le lieu-dit de Saint-Jean du Puy, sur la route de Saint-Zacharie, abrite les vestiges d'une carrière de marbre qui fut exploitée approximativement de 1684 à 1736, très peu de temps donc, par une famille de sculpteurs locaux, les Veyrier.

L'inventeur de la carrière est Christophe Veyrier (1637-1689), sculpteur tretsois dont je vous ai déjà un peu parlé dans l'article Puget à Gênes. Avec ses deux frères, il achète le terrain à un marchand de Saint-Zacharie et commence l'exploitation du marbre en 1684.

S.CHABRE-Fig.2.jpgDe cette carrière sortiront principalement des blocs destinés à Versailles. Un contrat avec l'administration royale est passé dès le début de l'exploitation et seuls les morceaux rejetés par le Service Royal des Marbres de Louis XIV pourront être utilisés par les Veyrier ou revendus à l'échelle locale. Le roi préférait le Trets jaune, les autres couleurs n'étant pas prioritaires pour les commandes royales. Il se vendait à un bon prix au port de Marseille.

 

Il s'agit d'un marbre jaspé jaune, rose ou gris, veiné de rouge avec des inclusions blanches. Voici quelques exemples d'utilisation de ce marbre en Provence que vous pourrez entr'apperçevoir :

 

S.CHABRE-Fig.4.jpg

 

- Trets, église paroissiale : 2 colonnes monolithiques (variété rose, Christophe Veyrier) et quelques placages sur le maître autel et le retable

- Trets, chapelle Saint-Jean du Puy, juste au-dessus de la carrière : maître-autel (variété rose, attribué à Christophe Veyrier)

- Aix en Provence, cathédrale Saint-Sauveur : encadrement d'un haut-relief de Thomas Veyrier dans la chapelle Estienne de Saint Jean (variété jaune)

- Aix en Provence, église du Saint-Esprit : bénitiers (variété jaune, Thomas Veyrier)

- Toulon, cathédrale Saint-Marie Majeure : pavement dans la chapelle du Corpus Domini (variété rose, Christophe Veyrier)

- Saint-Maximin, basilique Saint Marie-Madeleine : balustrade devant le maître-autel (variété grise, Lazare et félix Veyrier)

...

 

On peut en trouver également à Versailles (au sol de la chapelle royale et sur un plateau de table dans le salon de Mars), au Louvre sur la base d'un support de tabernacle (sculpté par Christophe Veyrier, cour Puget) ou au Metropolitan museum sur le piédestal du buste de Jean Deydé (sculpté par Christophe Veyrier).

 

Pour plus d'infos, cf. Provence Historique, tome LX - fasc. 239, janvier mars 2010, pp. 67-79, "Sculpteurs et marbriers : les Veyrier et la carrière de Trets"

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 08:00

Pierre Puget est né en 1620 à Marseille et il entre très tôt en contact avec l’art italien. Après un passage dans l’atelier de Jean Roman, sculpteur sur bois à Marseille, il part à Florence en 1638 et entre sur recommandation dans l’atelier de Pierre de Cortone à Rome en 1640 comme peintre.

Rappelons que comme Michel Ange ou Le Bernin, Pierre Puget était un artiste complet qui exerçait à la fois en peinture, sculpture, architecture, mais aussi dans le domaine plus spécifique de la décoration navale à l’Arsenal de Toulon.

En 1646, Puget est chargé d’accompagner un frère pénitent, nommé Joseph, à Rome afin de faire des relevés des antiques les plus célèbres.

 

t15565-st-sebastian-pierre-puget.jpgCe ne sera que quelques années plus tard, en 1661, que l’on retrouve Pierre Puget en Italie, après la disgrâce de Fouquet, qui était le surintendant des finances du Roi et protecteur du sculpteur. C’est alors le début de la carrière génoise de Puget et les nombreuses commandes qu’il recevra à cette époque influenceront à la fois la sculpture française et provençale, mais aussi la sculpture génoise des décennies à venir.

En effet, en 1663, quelques uns de ses élèves les plus proches le rejoignent et travailleront avec les élèves génois de Puget. Ils entrent alors en contact direct avec la sculpture italienne, se familiarisent avec l’emploi quasi-inconditionnel du marbre et échangent les visions françaises et italiennes de l’art de la sculpture. 

En 1667, Colbert, le remplaçant de Fouquet auprès du Roi, souhaite voir revenir Puget en France et lui propose la direction de l’atelier de sculpture de l’Arsenal de Toulon. Les négociations entre le surintendant des bâtiments du Roi et l’artiste dureront plus d’une année et ce n’est qu’en 1668 que Puget arrive à Toulon pour travailler à la décoration des vaisseaux de Sa Majesté.

Puget retourne néanmoins à Gênes pour achever les travaux en cours et répondre à de nombreuses commandes des riches familles de la ville et ne revient s’installer définitivement en France qu’en 1673. Il continuera à faire fréquemment des séjours en Italie, en particulier à Carrare, pour choisir ses marbres.

En 1690, suite à l’annulation de commandes royales, souvent dues au prix trop élevé qu’en demande le sculpteur, il menace de repartir en Italie mais ne fera qu’un simple voyage en 1691 au cours duquel il obtiendra quelques contrats pour des projets qui ne seront pas réalisés par lui.

Il meurt à Marseille le 2 décembre 1694.

On s’aperçoit que l’on ne peut dissocier l’œuvre de Puget de l’Italie. Il s’est nourri tout au long de sa vie des influences romaines et génoises que l’on perçoit dans la plupart de ses réalisations.

 

puget-pierre-immacolata-oratorio-di-san-filippo-neri-genoa.jpgAdmiré et très sollicité en Italie, Pierre Puget était beaucoup plus libre dans sa façon d’aborder son travail que ses confrères français. En effet, les sculpteurs français étaient presque entièrement soumis à la contrainte des commandes royales alors que Puget ne travaillait que pour des riches familles italiennes qui n’avaient que très peu d’exigences en matière de codes de représentation. A son retour en France, il s’est senti enfermé par les contraintes et les exigences des ministres et surintendants royaux.

 

Puget a fait de nombreux voyages en Italie au cours de sa vie, pour honorer des commandes ou choisir ses marbres.

Durant son séjour à Gênes, il a reçu beaucoup de commandes et a laissé son empreinte dans de multiples monuments de la ville, par ses œuvres mais aussi par l’influence sur les jeunes artistes locaux qu’il a fait travaillé. Il était alors accompagné de son principal élève Christophe Veyrier ainsi que ponctuellement d’un autre provençal, Honnoré Pellé.

A Gênes, il eut comme principaux élèves et collaborateurs Filippo Parodi et Daniello Solaro. Ces amoureux du travail de la pierre ont confronté leurs connaissances et leur culture artistique, ce qui a abouti à des réalisations très différentes de ce que l’on peut trouver dans le reste de l’Italie.

Face à une œuvre de Puget dans cette période là, et c’est valable pour beaucoup de sculptures italiennes de l’époque, l’œil du spectateur est pris dans un enchevêtrement de formes ce qui empêche le regard de se poser fixement sur la sculpture. Il y a une volonté de visions multiples de l’œuvre, d’un point de vue strictement analytique et didactique tout d’abord, mais aussi d’un point de vue émotionnel.

 

Puget part de Gênes en 1668 avec quelques chantiers encore en cours et il laisse le soin à ses élèves de finir ses œuvres, qui sont parfois tout juste ébauchées. Dans la plupart des réalisations postérieures à cette date, il faut avoir à l’esprit que Filippo Parodi, Daniello Solaro, Christophe Veyrier ou Honnoré Pellé ont été mis à l’épreuve en devant terminer des pièces du maître sans que l’on ne voie la différence.

Pour les italiens, Parodi et Solaro sont devenus les sculpteurs les plus demandés en Ligurie et parfois au-delà et ils ornèrent la ville de Gênes de nombreuses sculptures.

Honnoré Pellé a terminé sa carrière et sa vie à Gênes, devenant plus connu sous le nom de Monsieur Onorato et auquel on doit par exemple ce Christ qui se trouve aujourd’hui à la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix en Provence et qui provient de la chapelle du château de Puyricard, construit à quelques kilomètres d’Aix par le cardinal de Grimaldi.

Christophe Veyrier revint en France et fut chargé de nombreux travaux d’importance et devint un des rares sculpteurs – marbriers provençaux grâce à la découverte d’une « montagne de marbre » à Trets.

15575-virgin-and-child-pierre-puget.jpgN’oublions pas qu’en France, Puget a eu également de nombreux élèves parmi lesquels on peur citer Jean-Jacques Clérion ou Jean Dedieu qui furent pensionnaires de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture et qui travaillèrent beaucoup à la décoration de Versailles. Dedieu fut chargé par le Roi de copier des antiques (tout comme Christophe Veyrier) et plus particulièrement la Vénus d’Arles.

On compte aussi dans l’entourage proche de Puget des artistes ayant beaucoup travaillé dans la région comme les Caravaque, les Duparc ou encore Jean-Baptiste Tuby fils qui fut un des principaux décorateurs de Versailles.

 

Formés par un sculpteur techniquement exigeant, ils ont dû se forger un style propre tout en restant marqués à jamais de l’empreinte de leur apprentissage chez Puget. Une des difficultés principales dans l’étude de ces artistes est véritablement l’attribution des sculptures. Trop souvent les noms se sont confondus, semant le doute dans des attributions qui semblaient certaines. Très peu de sculptures sont signées mais grâce aux archives, quelques œuvres peuvent être rendues à leur auteur.

 

(Pour un peu mieux découvrir Gênes : Un jour à... Gênes (It))

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 08:00

Petit rappel biographique :

Pierre Puget, sculpteur, peintre et architecte, est né en 1620 et mort en 1694 à Marseille. Il est sans aucun doute l'artiste le plus célèbre de la ville.

Il travailla beaucoup pour sa région et à Gênes où il passa de nombreuses années de sa vie. On lui doit, parmi ses oeuvres les plus connues, le Milon de Crotone en ce qui concerne la sculpture ou la chapelle de la Vieille Charité de Marseille en architecture. Appelé de nombreuses fois par Louis XIV, il ne réalisa que peu de choses pour le Roi. Réputé pour son mauvais caractère et ses exigences démesurées, Pierre Puget est devenu au fil des siècles une figure emblématique de la Provence.

 

milonCe n’est véritablement qu’au 19e siècle qu’est née la « légende » de Pierre Puget, la vision de l’artiste tourmenté en lutte permanente avec les institutions royales. S’il est vrai que Puget était un sculpteur au parcours atypique pour son époque, il n’en était pas pour autant considéré au 17e siècle comme un artiste marginal.

Il a fallu attendre la deuxième moitié du 20e siècle pour que Puget soit réhabilité parmi les grands artistes de son siècle. En 1970 paraît l’imposante monographie de Klaus Herding qui aborde la carrière de sculpteur de Puget, puis en 1978 l’étude de Marie Christine Gloton concernant sa qualité de peintre.

En effet, Puget n’a pas vraiment eu la reconnaissance de la France de son vivant. Etabli loin de Paris, manquant de protecteurs influents depuis la disgrâce de Fouquet, ses productions peu nombreuses ne trouvent pas forcément d’acquéreurs et sa réputation se maintient grâce aux quelques pièces imposantes comme les Atlantes de l’hôtel de ville de Toulon ou celles qui trouvent place à Versailles comme le Milon de Crotone ou Persée et Andromède.

En Italie au contraire, Puget a su se faire une place de choix, notamment à Gênes, où son œuvre sera perpétuée par ses élèves et aura une influence capitale sur la sculpture ligure. 

 

jeaurat edme pierrepugetAu 18e siècle pourtant, l’art de Puget intéresse les artistes et amateurs par sa singularité. Quelques années seulement après sa mort, un homme souhaite lui rendre hommage. Il s’agit du père Bougerel qui, en 1752, lui consacre un chapitre dans son Mémoire pour servir à l’Histoire des hommes illustres de Provence.

Il contribue à créer l’image d’un Puget à la forte personnalité, coléreux et sombre.  Il appelle Puget le « Michel Ange de la France », certainement en référence à la pratique des trois arts et à l’italianisme du sculpteur français.

Puget est admiré pour sa maîtrise de l’anatomie et son talent à rendre la douleur physique. A une époque où l’expression des passions du corps et de l’esprit est une attente dans le domaine artistique, Puget s’inscrit dans un courant parallèle et exprime avec force le pouvoir du corps et de ses représentations. Même les imperfections de ses sculptures les rendent plus puissantes.

 

Il a exercé une véritable fascination sur les artistes du 19e siècle, malgré que ses œuvres ne correspondent plus aux canons esthétiques d’alors.

Delacroix disait de l’œuvre de Puget : « Si vous attachez vos yeux sur une des parties comme un bras, une jambe, un torse, aussitôt toute cette force vous gagne, il écrase tout, et vous ne pouvez plus vous en détacher ».

Lombard---Puget.jpgC’est au cours de ce siècle siècle, où l’on reprochera à Puget de ne pas avoir été fidèle à la beauté idéale antique, que vont se multiplier les hommages au sculpteur. Il devient la figure emblématique de son siècle. Des bustes et autres représentations du sculpteur sont mises en place, principalement à Marseille et à Toulon. 

D’autres hommages lui sont rendus en peinture avec par exemple la présentation du Milon à Louis XIV par Annicet-Charles-Gabriel Lemonnier ou Eugène Dévéria au plafond de la salle des céramiques anciennes du Louvre.

De nombreux artistes sont sensibles aux compositions de Puget et l’on trouve de nombreux dessins des œuvres du marseillais par, entre autres, Bouchardon, Fragonard, Van Loo et Foucou.

 

En 1824, une salle Puget est créée au Louvre, où prend place le Milon ramené de Versailles puis, au fur et mesure de l’agrandissement du musée, la création d’un véritable espace où prennent place aujourd’hui les œuvres de l’artiste. 

 

La légende romantique de Puget prend toute sa mesure dans un quatrain de Baudelaire consacré au sculpteur dans son poème Les Phares en 1857. Il écrit :

 

« Colères de boxeurs, impudences de faunes

Toi qui sut ramasser la beauté des goujats

Grand cœur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune

Puget, mélancolique empereur des forçats »

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 08:00

Pour les amateurs de Gian Lorenzo Bernini (ou étudiants ne voulant pas se casser la tête à chercher), voici une petite liste d'ouvrages incontournable sur le sujet qui vous régaleront l'esprit et les yeux

Il existe bien entendu des dizaines d'ouvrages plus ou moins spécialisés sur cet artiste. Parmi eux, voilà ceux que je vous conseille pour la qualité des textes et le sérieux scientifique des analyses :

 

 

bernini proserpina3- 1997, sous la direction de Kristina Herrmann Fiore, Apollo e Dafne del Bernini nella galleria Borghese (Ed. Silvana)

 

- 1998, Andrea Bacchi et Stefano Tumidei, Bernin : la sculpture à Saint-Pierre (Ed. Federico Motta, Milan pour la version italienne, Actes Sud pour la version française)

 

- 1998, Charles Avery, Bernin (Ed. Gallimard)

 

- 1998, sous la direction d'Anna Coliva et Sebastian Schütze, Bernini scultore, la nascità del barocco in Casa Borghese, catalogue d'exposition (Rome, Villa Borghese, 1998)

 

- 1999, sous la direction de Maria Grazia Bernardini et Maurizio Fagiolo dell'Arco, Gian Lorenzo Bernini regista del barocco, catalogue d'exposition (Rome, Palazzo Venezia, 1999) (Ed. Skira)

 

Bernini - Ecstasy of St Theresa detail- 2001, Milovan Stanic, Chantelou, journal de voyage du Cavalier Bernin en France (Ed. Macula)

 

- 2002, sous la direction de Chantal Grell et Milovan Stanic, Le Bernin et l'Europe : du baroque triomphant à l'âge romantique, Actes du colloque international tenu à l'Istituto Italiano di Cultura de Paris en 1998 (Ed. Presses universitaires de Paris-Sorbonne)

 

- 2004, sous la direction d'Olivier Bonfait et Anna Coliva, Bernini dai Borghesi ai Barberini - La cultura a Roma intorno agli anni venti, Actes du colloque tenu à la villa Médicis (Rome) en février 1999 (Ed. De Luca)

 

- 2005 (1ère édition française), Rudolf Wittkower, Bernin : le sculpteur du baroque romain (Ed. Phaidon)

 

Cette liste n'est bien entendu pas exhaustive et n'est qu'une sélection toute personnelle et j'en oublie sans aucun doute

Bonne lecture !

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 08:00

Il est des sculpteurs sur lesquels les auteurs n'ont jamais tari...

Pierre Puget (1620-1694) est de ceux là.

  15584-self-portrait-pierre-puget.jpg

Pierre Puget, artiste marseillais, est né en 1620 et mort en 1694. Il était à la fois peintre, sculpteur et architecte. On lui doit entre autres le célèbre Milon de Crotone (aujourd'hui au Louvre) en sculpture ou la construction de la chapelle de la Vieille Charité de Marseille (dans le domaine architectural).

 

Je vous présenterai dans quelque temps une série d'articles sur cet artiste aux talent multiples

(comme je l'ai fait pour le Bernin).

En attendant, voici quelques indications et quelques liens pour orienter vos recherches si vous le souhaitez en savoir plus.

 

Les ouvrages consacrés à Pierre Puget commencent malheureusement à dater ! Parmi les références incontournables  (et dont les informations sont vérifiées), on trouve 3 ouvrages :

 

 

milon.jpg

- Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, 1620-1694, Catalogue d'exposition, Centre de la Vieille Charité - Musées des Beaux-Arts, Marseille, 1994.

En plus de celui de Gênes, toute une partie sur la décoration navale.

 

 

- Pierre Puget (Marsiglia 1620-1694), un artista francese e la cultura barocca a Genova, Catalogue d'exposition, Palazzo Ducale, Gênes, 1995.

Ce catalogue est en partie identique à celui de Marseille (puisqu'il concerne la même exposition) mais on y trouve en plus plusieurs parties sur les rapports étroits qu'a entretenu l'artiste avec la ville ligure et l'influence qu'il y a eu.

 

- Herding, Klaus, Pierre Puget, Das bildnerische werk, Berlin 1970.

Cet ouvrage, même s'il n'est pas des plus récents, reste aujourd'hui encore LA référence. Klaus Herding, historien de l'art allemand, est le plus grand spécialiste au monde de Pierre Puget sculpteur. Il travaille à l'heure actuelle à une nouvelle version de cette monographie (en français), augmentée des nombreuses découvertes faites depuis les 30 dernières années (et elles sont nombreuses !).

Les liens ci-dessous renvoient à des bibliographies qui, si elles ne sont pas exhaustives, sont quand même bien fournies et permettent de se faire une idée plus précise de la carrière de l'artiste.

 

  • 2008-2010 Projet du Cemerra sur la Vie de Puget d'après Bougerel. Ce projet, mené par des doctorants et étudiants en Master 2 (dont j'ai eu la chance de faire partie) dans le cadre d'un projet de recherches du Cemerra (Centre Méditerranéen de recherche entre les arts, Université de Provence) a permis de croiser les données déjà connues depuis plus d'une centaine d'années avec les sources fiables découvertes depuis par des historiens et historiens de l'art (et principalement par Klaus Herding).

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 08:00

Pour continuer notre découverte des oeuvres sculptées du Bernin, voici une petite sélection de figures de saints. Il est particulièrement délicat de choisir tant il y en a, j'ai essayé de sélectionner celles qui me semblent les plus représentatives de l'artiste...


 

GianLorenzoBerniniSanLorenzosullagr.jpg Saint Laurent (1614-1615)

[Palazzo Pitti, Collection Contini Bonacossi, Florence]

 

Le Martyre de Saint Laurent a été réalisé par le Bernin alors qu'il n'avait que 16-17 ans. Cette oeuvre fait partie de ses premières réalisations de grande envergure. On peut le rapprocher du Saint Laurent de la fresque d'Agnolo Bronzino dans l'église San Lorenzo de Florence dont il est presque parfaitement ME0000086040_3.JPGsymétrique. Ingénieusement, Bernin adapte à la sculpture un mode de représentation du saint jusque là dévolu à la peinture. C'est après avoir vu cette sculpture que le cardinal Scipion Borghèse, dont nous avons déjà parlé comme l'un des grands commanditaires de l'artiste, a décidé de passer la commande, en 1618, de la Sortie de Troie, première oeuvre majeure du Bernin.


Saint Sébastien st_sebastian_1_0_0.jpg

[Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid]

 

Ce Saint-Sébastien est une petite pièce par ses dimensions (moins d'un mètre de haut) et est encore une fois en rupture avec l'iconographie classique du saint.

Bernini_Saint_Sebastian_detail.jpg

Habituellement, il est représenté attaché à un arbre et transpercé des flèches de son martyre. Ici, il se rapproche plutôt des représentations du Christ dans les scènes de Déposition par exemple. Il semble que cette pose originale ait été imposée par le bloc de marbre lui même. Le bloc partiellement taillé, ébauche d'un Sain Jean-Baptiste assis, avait été donné à Pietro Bernini en 1615 en avance pour le paiement d'un autre Saint Jean-Baptiste qu'il devait réaliser pour la chapelle Barberini dans l'église Sant'Andrea della Valle. Le Saint Sébastien apparaît pour la première fois en 1628 dans l'inventaire des collections Barberini où il est décrit comme "moderne".


gian_lorenzo_bernini_031_santa_bibiana.jpg

Santa Bibiana

[Choeur de l'église Santa Bibiana, Rome]

 

Le pape Urbain VIII (ancien cardinal Maffeo Barberini) devient pape en 1623. Déjà attaché à l'artiste, il lui commande dès son accession au trône papal une figure de Sainte Bibiane destinée à prendre place dans le choeur de l'église qui porte son nom et qu'il a eu à coeur de restaurer. En mars 1624, les reliques de la sainte sont mises à jour et le nouveau pape y voyant un bon présage pour son règne, passe la commande au Bernin. Elle est placée dans une niche à coquille au-dessus de l'autel, comme c'est souvent le cas à cette époque. Si la pose semble plus statique que les autres sculptures de l'artiste, la composition est savament étudiée. En effet, en s'y penchant de plus près, on constate que chaque ligne, chaque draperie est faite pour accrocher la lumière et harmoniser la sculpture et l'architecture qui l'accueille.

 

 

Je ne reparlerai pas ici du Saint-Longin de la basilique Saint-Pierre déjà traité dans un article précédent : ICI 

 

...à suivre...

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 08:00

Dès que l'on parle de sculpture, quelle que soit l'époque concernée, on se retrouve invariablement confrontée à ce fameux "Marbre de Carrare".

Aujourd'hui, pour mieux le connaître et mieux appréhender l'importance de ce marbre dans la sculpture depuis l'Antiquité, petit détour par les carrières italiennes de Massa-Carrara tout au nord de la Toscane, presque à la limite entre la Ligurie et la Toscane.

 

carte carrare     Aujourd'hui Carrare, commune sur laquelle se trouvent les grandes exploitations de marbre, est une ville d'environ 65000 habitants, très industrielle et assez froide je dois dire.

Le principal intérêt de se rendre à Carrare est la découverte époustouflante de la montagne de marbre !

 

Avant même d'arriver à destination, on voit au loin la montagne... Une fois que l'on réalise que ce ne sont pas des neiges éternelles (ou pas éternelles d'ailleurs) mais bel et bien les fronts de taille qui donnent cette blancheur immaculée au paysage, on se rend compte de l'ampleur, des quantités colossales de marbre que cela représente.

Genova-636.JPG

     Il y a au coeur de la montagne plusieurs possibilités pour visiter les exploitations. La plupart sont fermées à la visite de masse mais quelques unes proposent des visites par petits groupes.

Personnellement, j'en ai visité deux assez significatives que je ne saurai que trop vous conseiller. Elles ne nécessitent pas de réservation et sont ouvertes chaque jour.

C'est malheureusement pour ces raisons en particulier que je n'ai pas eu l'occasion de visiter la Colonnata, la carrière où Michel-Ange, Bernin et les autres se fournissaient en marbre statuaire, le plus pur des marbres blancs que l'on trouve en Europe occidentale.


IMGP5054.JPGLa première, la carrière du Fantiscritti est une expérience unique ! Une fois arrivés sur le parking qui se trouve à l'entrée de la carrière, après s'être remis de l'incroyable sensation d'être face aux carrières du marbre le plus célèbre du monde, vous prenez un 4x4 qui vous emmène pour un voyage extraordinaire littéralement au coeur de la montagne... Une route souterraine s'enfonce dans la pierre et l'on se retrouve au bout de quelques minutes dans une carrière souterraine immense (dans une partie qui n'est plus exploitée aujourd'hui). La carrière se trouve très exactement à 600m de la surface et 600m de l'entrée. L'échelle est tout sauf humaine ! Il y fait frais (pas plus de 18°C en été) et l'on découvre des techniques d'extraction assez particulière du fait du caractère original de la configuration même de la carrière. Le décor est incroyable !

Près de cette excavation magnifique se trouve un petit musée du marbre en plein air présentant des blocs mais surtout l'évolution de l'outillage nécessaire au détachement des blocs et de leur mise en forme avant expédition. On découvre ainsi qu'à Carrare il n'y a pas que du marbre blanc, mais aussi du noir, du rose et du blanc veiné de gris.


Genova-660.JPG

En suivant la route qui serpente entre les 3 bassins d'extraction (Fantiscritti, Torano et Colonnata) par laquelle descendent toujours les camions chargés d'énormes blocs de marbre, nous sommes arrivés près d'une petite carrière familliale qui se visite également.

 

La cava 177 est une exploitation d'une taille beaucoup plus "raisonnable" en comparaison avec ce que l'on peut voir aux alentours. Le propriétaire se fait un plaisir de faire visiter cette carrière qui est propriété de sa famille depuis plusieurs générations. On peut se promener au gré de nos envies, poser toutes les questions possibles et imaginables auxquelles il répond volontiers.


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Tout près de là, sur la route qui redescend vers la ville de Carrare se trouve une école de marbriers qui présente les techniques modernes et des échantillons de marbre de toute l'Europe. Cette école propose également tous les samedis des excursions en 4x4 qui durent toute la journée afin de découvrir un peu mieux, et en présence des marbriers eux-mêmes les différentes carrières et variétés de marbre.

 

Si vous avez l'occasion de passer près de Carrare et de pouvoir vous y arrêter pour la journée, n'hésitez pas une seule seconde ! Ce que vous y découvrirez vous laissera sans voix et vous projettera sur les pas des plus grands sculpteurs !

 

Liens pour les 2 carrières citées :

Marmo Tour (Fantiscritti)

Cava 177

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Mes publications...

 

- ""Diventare francese", la naturalisation des génois en Provence (1620-1730)", La Haute vallée de l'Arc, bulletin de la SERHVA, n°124, octobre 2013

 

- "Sculpteurs-marbriers provençaux : les Veyrier et la carrière de Trets", dans Marbres de Rois, actes du colloque international tenu (Versailles 2003), Presses universitaires de Provence, 2013, pp. 81-90

 

- Atlantes & Cariatides, Editions Edilivre - collection Universitaire, 2012

241073 LCU C14 3 - Copie

 

- "Sculpteurs et marbriers : les Veyrier et la carrière de Trets", Provence Historique, tome LX - fasc. 239, janvier mars 2010, pp. 67-79


- "Des berges de la Garonne à la construction du magasin des Marbres du Roi à Bordeaux", Bulletin monumental (chronique), n°169-1, 2011, p. 81


- "L'empreinte des archevêques sur Puyricard" (en collaboration avec Sophie Bergaglio) dans Sebastien AUBLANC & Sophie BERGAGLIO, Puyricard, images et histoires, Ed. des lilas, 2012, pp. 56-65